Pleins feux sur les migrations


"PLEINS FEUX SUR LES MIGRATIONS" Marc Knaepen

"La migration vue par les ornithologues"  Vincent Bulteau

PLEINS FEUX SUR LES MIGRATIONS Marc Knaepen



Qui ne connaît Aristote, ce célèbre philosophe grec auteur notamment de divers traités d'histoire naturelle ? Précepteur d'Alexandre le Grand, il rédigea un remarquable ouvrage intitulé " Historia Animalium" contenant ses multiples réflexions sur les migrations animales.

Aristote y signalait que certaines créatures étaient sédentaires pendant la mauvaise saison alors que d'autres fuyaient l'hiver pour se réfugier dans des pays plus accueillants climatiquement parlant. Il avait aussi remarqué que ces animaux migrateurs étaient plus"gras" lorsqu'ils migraient. Des études scientifiques relativement récentes ont confirmé cette assertion : les changements hormonaux poussent l'oiseau à constituer une réserve de graisse énergétique et ce n'est que lorsque cette accumulation sera suffisamment importante qu'il entreprendra sa migration. Question de survie.

Malheureusement tous les écrits d'Aristote ne sont pas aussi justes. Ainsi il émettait l'hypothèse que certains oiseaux passaient l'hiver en hibernant. Selon lui, on aurait trouvé des hirondelles dans des trous, complètement dépourvues de plumes ! De même notre philosophe a lancé la théorie dite "de la transmutation". De quoi s'agit-il ? Aristote pensait que certains oiseaux se transformaient au gré des saisons. Le rouge-queue par exemple se changeait en rouge-gorge quand il sentait approché les premiers frimas...
Au 13eme siècle, Frédéric II grâce à son immense talent d'observateur, affirma avec justesse que "les oiseaux migrent en automne des régions froides vers les régions chaudes". Il avait également observé que toutes les espèces ne parcouraient pas d'innombrables kilomètres pour atteindre leur zone d'hivernage .

Vers 1555, Olaus Magnus, archevêque d'Uppsala (Suède), nous fait faire un fameux bond en arrière en affirmant que les hirondelles passaient l'hiver...sous l'eau ! Selon lui, les oiseaux en question se regroupaient pour former une grosse boule et se laissaient ensuite tomber dans l'eau des lacs ou étangs. Il affirma même que des pêcheurs attrapaient souvent ces oiseaux lors de leurs expéditions et que si on retire cette boule d'oiseaux de l'eau et qu'on la place dans un endroit où règne une certaine chaleur, les hirondelles se détachent les unes des autres et commence à voler. Mais il s'agit selon l'archevêque d'une technique à éviter car les oiseaux ne vivent alors que très peu de temps....
Ce n'est qu'à partir du 19eme siècle que des scientifiques de haut vol commencèrent à étudier avec précision le phénomène des migrations. En 1905, Otto Herman, ornithologue hongrois de renom, étudia les déplacements effectués par des hirondelles baguées dans son pays. Depuis nombre de spécialistes étudient avec minutie les phénomènes migratoires, des phénomènes qui, pour le commun des mortels, restent encore mystérieux et par conséquent fascinants.
De nombreux oiseaux de même que certains mammifères, poissons et insectes effectuent des mouvements migratoires.

La migration vue par les ornithologues  Vincent Bulteau

Introduction

La migration des oiseaux a toujours intéressé les foules : du promeneur qui voit passer un vol bruyant d'oies rieuses ou de grues cendrées au professionnel qui les suit par radar ou individuellement par balise ou encore le suivi par le baguage. Nous allons essayer de comprendre l'intérêt de tels suivis et expliquer brièvement les principales méthodes qui sont actuellement utilisées par les ornithologues.


Pourquoi étudier les migrations ?

L'étude des migrations, de la stratégie de migration, ou encore des types de migration sont sans fin. En effet, au début des premières recherches scientifiques, le but était simple:

" Où vont les oiseaux qui migrent ?"

A une question simple, on s'attend à une réponse simple… Ce n'est pas du tout le cas car les migrations sont influencées par différents paramètres qui ne peuvent être cités dans cette note de façon exhaustive tant ils sont nombreux. Nous nous limiterons à 2 exemples principaux comme :

•  L'espèce: une hirondelle rustique qui niche dans nos contrées va migrer vers l'Afrique du Sud, tandis que le Pinson du Nord qui niche en Finlande viendra nous dire bonjour en hiver et le Fuligule milouin (petit canard plongeur) nichant en Sibérie centrale, vient renforcer notre population en hiver.

•  Le réchauffement climatique: Au début du 19 ème siècle le guêpier d'Europe était confiné dans sa limite septentrionale au nord de la Camargue… Aujourd'hui il niche à Gand.

•  Et il y a encore les activités humaines, la désertification, le déclin ou l'augmentation des populations d'oiseaux, … en résumé l'évolution.

 

Suite à cette complexité due à une simple question, différentes études peuvent être menées comme la vitesse de migration, l'énergie dépensée, le type de migration (au long cours avec des bonds de plusieurs milliers de kilomètres ou par petits bonds de quelques kilomètres).
" Toutes ces études c'est bien, mais ça sert à quoi?" Les personnes qui étudient ces différents phénomènes ne sont pas des scientifiques dans leur tour d'ivoire, leurs recherches ont des implications continuelles dans notre société sans pour autant que l'on s'en rende compte: comme exemple la densité d'oiseaux migrateurs par rapport au couloir aérien emprunté par les avions. Ou encore, effectuer un monitoring de l'état sanitaire des oiseaux migrateurs.

Principales méthodes utilisées pour étudier la migration des oiseaux  

L'observation visuelle

La plupart des observations sont faites de jour, à partir d'un site fixe. A l'aide de jumelles et de télescopes, les ornithologues comptent et identifient les oiseaux migrateurs (un site internet relate au jour le jour les observations faites dans le Bénélux : www.trektellen.nl )

L'observation auditive

Cette dernière complète fortement la méthode précédente, mais est également très utile pour identifier les migrateurs nocturnes.

Le radar

Développé grâce à l'aviation, le radar permet d'identifier les mouvements migratoires. Les ornithologues peuvent même déterminer le nombre approximatif d'individus en vol, la direction du vol, l'altitude du vol, la vitesse des oiseaux, l'importance du flux migratoire, …

La radio télémétrie

Son utilisation est limitée à une courte distance. Elle consiste à étudier les déplacements de un ou plusieurs individus à l'aide d'émetteurs récepteurs radio. Ce sont donc des études spécifiques et principalement pour des oiseaux de grande taille.

Le suivi satellitaire

Le principe est basé sur les balises Argos (principe du GPS) utilisées précédemment pour le déplacement des bouées dérivantes dans les océans afin d'identifier les différents courants océaniques. Ces balises ont été miniaturisées, actuellement ces émetteurs peuvent être placés sur un oiseau de la taille d'un courlis corlieu (+/- 400g) et permet de connaître la position d'un individu à 15m près. Cette méthode a permis d'identifier les zones d'hivernage d'une espèce de canard marin énigmatique qu'est l'Eider à lunette : cette espèce se loge dans des trous d'eau au milieu de la banquise arctique et par le mouvement des différents oiseaux, ils empêchent la glace de geler. Une autre expérience très connue au niveau belge est le suivi des Cigognes noires avec des balises Argos dont vous pouvez suivre les exploits grâce à l'asbl SOLON (site internet: http://www.explorado.org/solon-new/intro/introfr ).

Le baguage

C'est le célèbre naturaliste John James Audubon qui est à l'origine de l'invention du baguage des oiseaux. Il s'agissait de placer une bague dont les inscriptions comportaient une adresse et un numéro qui en faisaient une combinaison unique. C'est un instituteur danois, H. C. Mortensen, en 1883, qui lança la dynamique en faisant une étude spécifique sur les étourneaux sansonnets. Au début du XX ème siècle, à partir de cette étude, tous les pays d'Europe de l'Ouest avaient leur centre de baguage.
C'est la méthode de suivi scientifique la plus ancienne et la mère de toutes les autres au niveau du suivi des individus. Le principe consiste à placer une bague faite en aluminium et magnésium dont l'inscription (toujours une adresse correspondant à un pays ou une station + un numéro) est unique au monde. En Belgique, ce sont quelque 400 bénévoles qui baguent environ 700 000 oiseaux par an. Grâce à toutes les informations recueillies par le baguage nous pouvons déterminer le parcours suivi par l'oiseau, sa biologie, sa phylopatrie (fidélité au site), la dynamique de population (augmentation ou déclin).
Si vous trouvez un oiseau bagué blessé portez-le dans un CREAVES-CROH (par exemple Birds Bay, avenue du Parc, 50 à 1310 La Hulpe – tél. 02/653 43 69).

S'il est mort envoyé la bague à:
Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique
Centre belge de Baguage
Rue Vautier, 29
1000 BRUXELLES

… en mentionnant un maximum d'informations de ce que vous avez observé et connaissez (date, espèce, commune – avant fusion, conditions de découverte), sans oublier de mentionner sa propre adresse pour avoir des nouvelles!

En conclusion, l'étude des stratégies de migration des oiseaux est importante, aussi bien pour la pérennité des habitats, que des espèces. De plus, elle dépend de chacun d'entre nous.