La Bondrée apivore (Pernis apivorus) pourrait être confondue avec la Buse variable (Buteo buteo), tant par la taille que par son aspect extérieur. Car chez ces deux espèces, la coloration et le dessin du plumage varient suivant les individus. Mais son régime alimentaire hautement spécialisé, son aire de dispersion, ses capacités en vol, ses qualités de migrateur qui limitent sa présence estivale chez nous, la distinguent de notre charognard typique représenté par la Buse variable.

L’arrivée des bondrées en Europe est tardive – vers la mi-mai en général – et son retour vers ses quartiers africains commence déjà au début du mois d’août. Cette brièveté du séjour des bondrées en Europe leur est permise par des adaptations originales : la possibilité d’arriver sur les lieux de reproduction en couples déjà appariés, de construire ou réparer un ancien nid et de pondre en une dizaine de jours seulement, puis de quitter les lieux de nidification avec les jeunes, souvent moins de quinze jours après leur envol. Elles réalisent dès lors une migration rapide et groupée directement jusqu’à la zone forestière d’Afrique occidentale et centrale où cette espèce hiverne exclusivement.
Ce qui explique son bref séjour chez nous et sa nidification tardive résulte dans le fait que l’élevage de la nichée doit nécessairement coïncider avec le développement du couvain chez les hyménoptères. Car la Bondrée apivore recherche principalement les colonies de guêpes et de bourdons, qu’elle s’active à déterrer, creusant le sol avec les pattes et le bec.
Quand le couvain est à découvert, elle en mange le ‘gâteau’ et arrache œufs, larves et nymphes de leurs cellules qui sont consommées immédiatement, ou le tout est emporté au nid.

Cette spécialisation alimentaire exige une adaptation physique. En plus d’une certaine immunité à l’égard du venin, sa morphologie protège la Bondrée contre les aiguillons des adultes : les lores, le tour des yeux et le front sont couverts de petites plumes écailleuses, imbriquées comme des tuiles ; son plumage est dur et serré ; ses tarses sont couverts d’écailles épaisses et bombées, tel un blindage, ses pattes courtes et ses griffes peu arquées facilitent le creusement du sol et n’entravent pas la marche ; l’orifice des narines n’est qu’une mince fente oblique dans la cire, empêchant tout insecte d’y entrer.
La Bondrée se nourrit accessoirement, notamment lors des migrations, de rongeurs, lapereaux, taupes, lézards, couleuvres, batraciens et gros insectes trouvés au sol.

Son habitat est celui de la futaie ensoleillée de conifères et d’espèces mixtes dans un paysage de prairies où abondent ses proies. Elle construit elle-même son nid ou récupère celui abandonné d’un autre rapace diurne ou d’une corneille. Généralement situé à plus de 10 m de hauteur, il sera occupé plusieurs années.
L’espèce niche depuis l’Espagne jusqu’à la Russie en évitant la majeure partie du pourtour méditerranéen, la quasi totalité des îles Britanniques et de la Norvège. L’effectif continental est stable et est évalué, hors Russie, entre 50 000 et 80 000 de couples.

La population belge est estimée entre 1 000 et 1 250 couples, dont quelque 630-970 en Wallonie. À Bruxelles, l’espèce compterait 2 à 10 couples, dans la partie bruxelloise de la forêt de Soignes. Quelques individus sont signalés ailleurs mais sans certitude quant à la nidification.
L’espèce est vraisemblablement sous-évaluée en raison de sa discrétion. L’impression de déclin est cohérente avec la destruction et la fragmentation à grande échelle de son habitat dans ses quartiers d’hivernage, en particulier en Afrique de l’Ouest, mais aussi centrale et de l’Est. L’espèce est aussi impactée négativement par l’utilisation des pesticides, dont les néonicotinoïdes dans la chaîne alimentaire. Malgré tout, récemment en augmentation en Espagne où elle se nourrit de frelons asiatiques.

POURQUOI LES BONDRÉES APIVORES NE SONTELLES PAS HARCELÉES PAR LES CORVIDÉS ALORS QUE LES BUSES VARIABLES LE SONT ?
Texte généré par IA avec Gemini
La raison pour laquelle les bondrées apivores sont moins souvent harcelées par les corvidés que les buses variables est principalement liée à leurs régimes alimentaires distincts et, par conséquent, à leurs comportements de chasse et aux types de menaces qu’elles représentent pour les corvidés.
Voici une explication plus détaillée :
- Régime alimentaire de la Bondrée apivore : elle se nourrit presque exclusivement d’hyménoptères sociaux, comme les guêpes, les frelons et les bourdons. Elle est spécialisée dans la recherche et l’excavation des nids pour se nourrir des larves, des pupes et des adultes. Pour ce faire, elle passe beaucoup de temps au sol, à fouiller la terre, et son vol est souvent plus discret lorsqu’elle est en quête de nourriture.
- Régime alimentaire beaucoup plus généraliste de la Buse variable : elle se nourrit principalement de petits mammifères (rongeurs, campagnols), mais aussi d’oiseaux, de reptiles, de grenouilles et de gros insectes. Elle peut également être charognarde. Ses techniques de chasse impliquent souvent de se percher en évidence ou de voler en cercle à basse altitude pour repérer ses proies.
- Interactions avec les corvidés :
- Concurrence alimentaire : les corvidés (corneilles, corbeaux, pies, choucas) sont également des oiseaux opportunistes et peuvent se nourrir de petits mammifères, de charognes et d’œufs ou de jeunes oiseaux. Ils perçoivent souvent les rapaces, comme la buse variable, comme des concurrents directs pour les ressources alimentaires ou une menace potentielle pour leurs nids et leurs jeunes. Harceler la buse variable peut servir à l’éloigner d’un territoire de chasse ou d’une source de nourriture convoitée.
- Menace pour les nids : la buse variable, du fait de son régime alimentaire varié incluant des oisillons, peut représenter une menace directe pour les nids des corvidés. Les corvidés, étant des oiseaux très sociaux et territoriaux, n’hésitent pas à s’organiser en groupes pour harceler et éloigner les prédateurs de leurs nids.
- Non-concurrence de la Bondrée apivore : en se spécialisant dans les insectes, elle ne représente pas une concurrence alimentaire significative ni une menace majeure pour les nids des corvidés. Son intérêt pour les nids de guêpes ne recoupe pas les intérêts territoriaux des corvidés. De plus, son comportement de chasse au sol, moins ostentatoire que le vol plané de la buse, peut la rendre moins perceptible ou moins provocante.
En résumé, les corvidés harcèlent les buses variables en raison de la concurrence alimentaire et de la menace potentielle qu’elles représentent pour leurs nids. La bondrée apivore, avec son régime alimentaire très spécifique, ne présente ni l’une ni l’autre de ces raisons de conflit avec les corvidés, ce qui explique pourquoi elle est généralement épargnée par leurs attaques.