« Si je suis ici, c’est que je suis assis ». Petite ritournelle qui correspond au rythme du chant, rapide et au final abrupt, de cet oiseau commun. Car, depuis début février, les accenteurs mouchets chantent régulièrement. C’est une des premières espèces à chanter avant la fin de l’hiver. C’est un oiseau pas trop exigeant, mais il lui faut un minimum de végétation pour y chercher sa nourriture et abriter sa progéniture.

Le nom de « fauvette d’hiver » lui a été attribué par Buffon, probablement sensible au fait qu’alors que les fauvettes quittaient nos contrées à l’automne, des accenteurs descendaient eux du nord de
l’Europe pour venir hiverner dans nos contrées.
L’appellation « traînebuisson » est quant à elle plus directement compréhensible, tant ce nom correspond à merveille à son comportement d’oiseau fureteur au pied des haies et des buissons, milieu dans lequel il installe également son nid. D’où son nom de « moineau de haie » en néerlandais (heggemus) et en
anglais (hedge sparrow).

Le fait de l’appeler « moineau » est aussi révélateur du fait que bon nombre de personnes, peu attentives à bien observer les oiseaux de leur jardin, ignorent totalement la présence de l’accenteur, croyant erronément qu’il s’agit d’un moineau car leur taille est proche. Pourtant son bec fin et aigu d’insectivore est bien différent du bec bien plus gros et conique du moineau. Du reste, il ne sautille pas au sol comme
le moineau.

Sans vouloir le dénigrer, rien ne semble retenir notre regard, ni dans sa silhouette, ni dans son plumage : il est vêtu de brun châtain rayé de noir dessus, de gris dessous et même gris bleuté à la tête. Sa silhouette est malgré tout plus fine que celle du moineau. Parfois, il est aussi confondu avec
une fauvette à cause de son bec fin et pointu et de son comportement furtif.


L’Accenteur mouchet occupe tous les types de milieux buissonneux : bocages, talus boisés, friches,
bosquets, parcs et jardins. En milieu forestier, il s’installe principalement en lisière, dans les clairières et coupefeux, et surtout dans les jeunes plantations, dont la hauteur varie entre 2 et 10 mètres. Il est peu abondant, voire absent, dans les futaies, les zones de grandes cultures, les fagnes et les landes.

Oiseau remuant, il parcourt sans hâte son territoire en picorant activement, explorant les moindres
recoins, les ailes secouées de tressaillements nerveux.

Cet oiseau bien discret cache pourtant des mœurs sexuelles bien particulières. En effet, si une partie des accenteurs forment des couples monogames, une autre partie est polygame d’un genre particulier. Les oiseaux polygames sont soit polygynes (un mâle s’accouple avec plusieurs femelles) ou polyandres (une femelle s’accouple avec plusieurs mâles). Et bien, l’accenteur peut être « polygynandre », c’est-à-dire qu’un mâle va s’accoupler avec plusieurs femelles, tandis que dans le même temps, une femelle va s’accoupler avec plusieurs mâles. Ce comportement assure ainsi un brassage génétique maximum, mais est à la base de parades nuptiales complexes réunissant plusieurs oiseaux. On pourra ainsi par exemple voir un mâle envoyer des coups de bec sur le cloaque d’une femelle pour l’inciter, avant l’accouplement, à évacuer le sperme d’un mâle précédent !

Le nid est placé bas, à moins d’1,5 m du sol, dans un buisson ou un arbuste dense, voire un petit conifère.
Il est contsruit par la femelle et se compose surtout de mousse, d’un peu d’herbes sèches, et présente un soubassement de brindilles. L’intérieur est garni de crin, de petites plumes et de radicelles. Il est très bien caché et difficile à découvrir, mais il peut être construit dans un nichoir semi ouvert (moitié supérieure de la façade avant ouverte). La femelle y couve 3 à 6 œufs bleu-turquoise pendant 13 à 14 jours.

Le séjour au nid dure 10 à 14 jours. Les jeunes quittent d’habitude le nid avant d’être parfaitement volants. Le couple mène généralement à terme deux nichées par saison en climat tempéré.

L’Accenteur mouchet est une des espèces dont le nid peut être parasité par le coucou (là où il y en a encore !). Mais particularité, là où bien souvent le coucou veille à pondre des œufs de la même couleur que ceux de l’espèce parasitée (pipits, rousserolles, bergeronnettes) pour éviter que ses œufs ne
soient rejetés (ces oiseaux sont ainsi qualifiés de « rejeteurs »), cette précaution n’est pas nécessaire avec l’Accenteur mouchet. Quelle que soit la couleur des œufs pondus par le coucou, ils ne seront pas rejetés par l’accenteur qui est dit « accepteur ». Dans la course à l’armement que se livrent le coucou et les espèces parasitées, l’accenteur serait-il dès lors « en retard » par rapport aux autres espèces qui ont « forcé » le coucou à affiner sa stratégie?

Une explication serait que l’accenteur est une espèce piégée par le coucou depuis moins longtemps que d’autres espèces et qu’il n’a pas encore eu le temps de développer des mécanismes de défense appropriés.

L’Accenteur mouchet est donc un oiseau principalement insectivore qui varie son régime selon les conditions. Lorsqu’il hiverne dans des régions pauvres en insectes, il peut, à l’instar des mésanges, devenir essentiellement granivore durant quelques mois. Il n’est ni acrobate, ni téméraire, mais plutôt solitaire et d’humeur non querelleuse. Il s’accommode des vestiges de ses semblables sur un espace restreint, sans imposer sa présence à d’autres espèces rassemblées près des lieux de nourrissage. Aussi ne fréquente-t-il que rarement une mangeoire surélevée, préférant récupérer quelques nourritures au sol. Car, malgré son bec fin, il glane tout ce qu’il trouve et se contente de petites semences et de graines concassées qu’il ingurgite sans les décortiquer.

Bien que l’Accenteur mouchet donne l’impression d’être casanier et de ménager ses efforts dans son habitat ne se déplaçant que d’un buisson à l’autre en une brève envolée, il est pourtant capable de se déplacer sur de longues distances, d’un vol rapide et direct, en période de migration.

L’espèce est essentiellement européenne largement répandue en Europe occidentale et en Fennoscandie mais qui se limite aux forêts mixtes et à la taïga dans l’est du continent et aux zones montagneuses, et donc plus fraiches, en région méditerranéenne et dans le sud-est du continent. Les effectifs sont évalués entre 12 et 26 millions de couples.

La population belge est estimée entre 150 000 et 200 000 couples, mais comme de nombreuses cartes de l’espèce atteignent une abondance maximale, l’estimation globale est très probablement sous-estimée. En Région bruxelloise, l’espèce est présente sur l’ensemble du territoire avec des effectifs variables en fonction de la couverture végétale et de la densité du bâti. Malgré tout, on constate un déclin de quelque 55 % depuis 1992 (début du monitoring des populations d’oiseaux en Région de Bruxelles-Capitale) !

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