L’aube des oiseaux – dimanche 9 mai 2021

Echos de nos balades matinales au moment de la reprise de nos activités

Sonnerie du réveil à cinq heures du matin. Heureux de reprendre nos randonnées dominicales après six mois d’interruption.

A peine hors de la voiture, les notes métalliques et trilles aigus des mésanges viennent titiller nos oreilles. On marche vers le point de rendez-vous. Le soleil réchauffe l’étang de ses premiers rayons. Un couple de fuligules morillons dessine des ronds à la surface de l’eau. Le mâle arbore une fine huppe noire, mince couette tombant sur sa nuque. A cette timide coiffe nuptiale, répond le cousin milouin par une splendide tête rousse brillante de mille feux.
La température est douce. Les conditions sont idéales pour cette aube des oiseaux.
Les roseaux vibrent aux danses des rousserolles. Une mésange bleue nourrit ses jeunes dans un nichoir accroché à un lampadaire. Une grive musicienne s’époumone. Son refrain cadencé et répété nous intime de presser le pas. Fini de batifoler. Il ne manquerait plus qu’on loupe le départ de cette balade tant attendue !

Arrivée à la Laiterie de la forêt de Soignes, notre point de ralliement. Mario est déjà là, entouré des premiers promeneurs. On entre dans la ronde. On se salue. Pattes-d’oie au coin des yeux. Les sourires se devinent sous les masques protecteurs.
Mario commence à raconter. Les chants du printemps, les mâles marquent leur territoire, territoires aux frontières inconnues de nous. Invisibles lignes de démarcation. Il s’interrompt pour nous laisser entendre le hennissement du grèbe castagneux. « Châtaigne » comme la couleur de ce tout petit oiseau aquatique. Pas pour son goût de la castagne !
Il poursuit. Les chants du printemps, les mâles chantent pour attirer les femelles. Justement, un troglodyte mignon, petite boule de plumes dodue, la queue en l’air toute frétillante, se met à déployer un air puissant et vigoureux. L’occasion pour notre guide de disserter sur les habitudes polygames de ces petits vertébrés. Le mâle construit plusieurs nids. Il s’accouple à plusieurs femelles. Celles-ci pondent leurs œufs. Elles couvent seules. Oui seules. Ô mâles ingrats ! Les parents assurent à deux le nourrissage des petits. Ouf ! L’honneur de l’espèce est préservé ! La polygamie des mâles et polyandrie des femelles assureront une descendance plus robuste. Quand la génétique vient au secours des mœurs, on est sauvés !

Marche le long de l’étang. Des foulques macroules se toisent. Prêtes pour le combat territorial ? Le couple de cygnes a quitté le nid. Ils promènent leur majestueuse silhouette ivoire à la surface de l’eau. Six œufs écloront dans plus ou moins deux semaines. On dirige les jumelles vers l’antre du martin-pêcheur. Lui aussi a déserté, sûrement en quête de nourriture pour sa progéniture.
Retour sur nos pas. Petite incursion dans le domaine des silex à la recherche du verdier. Le pinson lance sa phrase éclatante au crescendo joyeux. Le pic vert rit aux éclats. Le barbu de Boitsfort s’égosille. Entre ses cocoricos, on perçoit la subtile mélodie haut perchée des roitelets et les quelques notes aiguës du grimpereau. Un lapin détale dans la prairie. Les moutons viennent nous rendre une petite visite.
On quitte la réserve naturelle sous les roucoulements du pigeon ramier – un, deux, trois, tourterelle turque, quatre, cinq, pigeon ramier – et le tchif-tchaf scandé – un, deux, un, deux – du pouillot véloce. On longe de nouveau l’étang de Boitsfort. Des fauvettes à tête noire, bavardes intarissables, entonnent leur refrain mélodieux et répétitif. On aperçoit au loin le ventre jaune de la bergeronnette des ruisseaux. Elle se dandine sur une vieille branche juste au dessus de l’étang. Dans le ciel, cinq mâles colverts pourchassent une femelle. Et, oh, surprise, deux chevaliers guignettes volent à la surface de l’eau. Nous sommes comblés !
Les rousserolles effarvattes sont toujours en pleine effervescence. Elles sautent d’un roseau à l’autre. Elles pèsent douze grammes, arrivent d’Afrique, ont survolé mers et déserts. Huit mille kilomètres à la force de leurs ailes et sans GPS ! Au bout de ce long périple, elles retrouvent ce petit coin de roselière, peut-être celui qui les a vu naître, à l’angle du chemin des Silex et de l’avenue de la Foresterie. Les interrogations nous submergent. Pourquoi ces longs voyages ? Comment s’orientent-elles ? D’où vient cet attachement à leur lieu de naissance ? Que le mystère demeure !

Arrêt devant le restaurant Le canard sauvage. Un petit espace dans la ville, biotope favorable au rougequeue. Des vieilles pierres qui font office de parois rocheuses pour ces oiseaux originaires des montagnes. Aujourd’hui, les rougequeues ont choisi de ne pas se montrer. C’est aussi ça la beauté de l’observation, l’attente non assouvie. On grimpe dans la rue du buis. Le piaillement des moineaux nous accompagne. Ceux-là ont eu la chance de trouver une corniche, un trou de boulin, une tuile pour nicher. Une hirondelle pointe le bout du bec hors de son nichoir. Les douze paires d’yeux braquées sur elle la font vite rentrer au nid !

On pénètre dans le cimetière de Boitsfort. Et si la compagnie des oiseaux nous rendait plus sereins face à la mort ? Un rougegorge nous regarde, perché du haut de sa croix. Il entonne quelques notes mélancoliques. Observation de l’environnement en silence. Moment de recueillement.
Dans les villes, ces lieux préservés sont de plus en plus rares. Occasion d’un rappel sur la folie destructrice des promoteurs, à l’affût de la moindre friche, une calamité pour la biodiversité. Mario semble atterré. Atterré mais pas résigné ! Le public était conquis d’avance.

Redescente dans la rue du buis, direction le Coin du Balai, et retour au repaire des rousserolles. La promenade se termine ici.
La prochaine activité, programmée pour le vendredi 14 mai, est la croule de la bécasse. Ce sera au crépuscule, cette fois, quand ce limicole déploie son chant nuptial.
On se quitte. Mario nous dit à bientôt sans oublier de souhaiter une bonne fête à toutes les mamans ! On vient de passer deux heures rythmées par le chant des oiseaux et les paroles d’un conteur. Ça fait un bien fou !

Texte et photos de Nathalie Vansieleghem.

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